Zen en guerre

Le zen en guerre 1868-1945
Brian VICTORIA
Editions du Seuil - 2001


La philosophie bouddhiste, et plus particulièrement sa variante zen, est un courant de pensée qui est bien introduit en Occident depuis de nombreuses années et ses adeptes ou ses sympathisants sont légion. Il est pourtant des fragments récents de l'histoire du zen qui sont méconnus du grand public, c'est notamment le cas s'agissant des liens sanglants qui ont uni aux XIXe et XXe siècles cette secte bouddhiste à la politique militariste japonaise et dont l'apothéose sordide fut évidemment la seconde guerre mondiale.


Un moine zen néo-zélandais, Brian Victoria, s'est penché avec clairvoyance et recul sur cette période sombre et il nous apporte une réflexion et des éléments de preuve éclairants qui remettent en perspective la place du zen dans le contexte politique de l'époque. L'opportunisme de la plupart des courants du zen associés à un véritable mouvement impérialiste voire xénophobe ont contribué à ce que le zen fasse, dans sa grande majorité, corps avec l'idéologie d'oppression de la junte des généraux nippons.


En tant que pratiquant d'arts martiaux il est important de souligner l'utilisation belliciste et politique qui a alors été faite du bushido, de la pensée zen et aussi des arts martiaux. Brian Victoria démontre avec force comment des textes touchant à la voie du sabre (kendo) ont permis de justifier les actes les plus violents. Voici un extrait du livre qui reprend une citation de D.T. Suzuki (pp. 177-178) :


"Le fait est que l'escrime en tant qu'art établit une distinction entre le sabre qui tue et le sabre qui donne la vie. Manié par un technicien, son champ d'action se réduit au meurtre, car c'est uniquement pour tuer qu'il a recours à lui. Il en va tout autrement dans le cas de l'homme qui lève le sabre par obligation, car en vérité ce n'est pas lui qui tue mais le sabre lui-même. Il n'avait aucun désir de faire du mal à qui que ce soit, mais l'ennemi se présente et se transforme de lui-même en victime. C'est comme si le sabre accomplissait automatiquement sa fonction de justice, qui est une fonction de miséricorde."

On le voit aisément, replacé dans le contexte de l'agression militaire du Japon à l'égard de la Corée, de la Chine et de tant d'autres pays d'Asie, la différence est ténue et subtile, et surtout fort pratique pour cautionner toutes sortes d'exactions. Ici, la doctrine religieuse se trouve, via des chemins tortueux et torturés, une garantie morale réconfortante...


Une des leçons de cet ouvrage, c'est qu'il nous invite à nous interroger sur les discours qui nous sont délivrés de temps à autres dans les dojangs car ils peuvent parfois receler en eux des ferments obscurantistes ignorés, susceptibles de nourrir une pensée faite de haine à 1000 lieux de l'idéal des arts martiaux.
Comme en toute chose, la vigilance de l'esprit s'impose !