Corée et coréens 2

La Corée et les Coréens

Carlo ROSSETTI

Maisonneuve & Larose (2002)

 

Le regard et le vécu d'un officier de marine italien, devenu diplomate pour remplacer son prédécesseur subitement décédé, Carlo ROSSETTI, qui a passé huit mois à Séoul en 1902. Un peu plus d'un siècle en arrière donc, au temps d'une Corée que les écrivains et les voyageurs rêvaient en royaume ermite tant il est vrai que le pays était alors mal connu. Pas encore colonisée mais plus tout-à-fait indépendante - le joug japonais commençant à se faire sentir fortement - la Corée est alors prise dans le train chaotique de la modernité et voit s'affronter à ses dépends les ambitions russes et japonaises, avec au pouvoir le roi Kojong, largement dépassé par les événements.

 

Dans ce contexte particulièrement sensible, l'observateur de passage qu'est ROSSETTI dresse un tableau fort instructif de la vie coréenne de l'époque : religions, jeux et passe-temps, arts et métiers, justice, défense... Les amoureux des arts martiaux y trouveront aussi (un peu) leur compte puisque quelques passages font de rapides mentions aux techniques militaires : "(...) faux duels à la lance, au bâton, au sabre et au sabre double, au tir à l'arc, à la lutte..." (p. 329). Le tout, et c'est là la qualité première de l'ouvrage, illustré de centaines de photos prises par l'auteur ou réunies par ses soins. L'ensemble souffre évidemment d'une vision occidentale marquée par les stéréotypes de l'époque et quelques jugements de valeur hasardeux, certaines photos sont également mises en scène pour complaire à l'oeil européen et frapper les esprits. Pour autant, l'auteur livre une matière sincère, fruit des échanges qu'il a eu avec le "petit peuple" des faubourgs tout comme avec les fonctionnaires et les dirigeants du pays.  L'humour est souvent saillant, parfois même une analyse assez juste des vicissitudes coréennes se fait jour sur quelques sujets, notamment dans le domaine géopolitique.

 

Un livre peut-être quelque peu maladroit à certains égards, pas toujours très digeste mais qui offre un panorama relativement complet de la Corée au début du XXe siècle. Evidemment, la lecture de cet ouvrage ne se conçoit qu'à la lumière d'autres livres plus contemporains sur la Corée, cela afin d'écarter de notre esprit ce qui relèverait d'une subjectivité européenne pétrie des certitudes colonialistes des XIXe et XXe siècles. Cette précaution prise, l'oeuvre de ROSSETTI est un vade mecum sympathique qui permet de saisir les évolutions fulgurantes et tourmentées de la "crevette" coréenne dans une Asie de l'Est dominée alors par les "baleines" chinoise, japonaise et russe. Malgré sa modeste taille, la Corée (du Sud) s'est depuis forgée une place à part entière dans cette partie du monde...

 

Quand les baleines chahutent, les crevettes trinquent  - Proverbe coréen