Voyageurs pays matin calme

Corée - Voyageurs au Pays du matin calme

Textes réunis par Loïc MADEC & Charles-Edouard SAINT-GUILHEM - Omnibus (2006)

 

Imaginez des voyageurs de tous horizons : explorateurs (comment ne pas citer LA PÉROUSE), prêtres, diplomates, artistes ou encore écrivains - dont parmi eux quelques grands noms n'échapperont pas aux lecteurs : Jack LONDON, Paul CLAUDEL, Pierre LOTI... -, ce sont eux qui nous livrent sur une période s'étalant de 1788 à 1938, leur impression, leur sentiment, leur vision d'une Corée alors méconnue.

 

Les récits sont divers puisqu'ils traversent 150 ans d'histoire coréenne, suivant les soubresauts et les évolutions d'une société alors essentiellement tournée vers la Chine mais également terrain de jeu de la Russie et du Japon. Royaume ermite éternellement aux prises avec ses trois voisins impériaux... Les regards de ces voyageurs narrateurs sont aguerris, la Corée étant généralement une étape d'un plus vaste périple, l'Asie leur est donc déjà bien souvent familière, et inévitablement s'impose la comparaison ou la référence avec la Chine ou le Japon. Forcément, des écarts importants tout comme des proximités évidentes se nouent dans la péninsule, Finistère asiatique, voie d'échange entre le continent et l'archipel nippon.

 

L'oeil, dans ces récits, est principalement occidental et surtout français, il est sûr de son savoir civilisateur, fort de préjugés, un brin condescendant. Pourtant la curiosité et l'intérêt pour la Corée est manifeste, les auteurs prennent un soin minutieux à décrire les villes, les coutumes, la mode vestimentaire, les croyances, les jeux, les moeurs, l'habitat ou encore la littérature. Bref, une étude riche et foisonnante qui nous révèle une Corée archaïque où la misère est partout présente et dont on sent que le passé fut plus glorieux et plus enthousiaste, une certaine pesanteur sur un pays étouffé qui ne demandait sans doute qu'à reprendre sa respiration...

 

Le recueil se termine en 1938, à la veille de la Seconde guerre mondiale, suite d'une longue série d'épisodes douloureux qui atteindra son paroxysme en 1950-1953 avec la guerre de Corée, mais également la veille de l'émancipation de la Corée (pour le sud en tout cas) et du renouveau d'une identité désormais réaffirmée.

 

La somme de ces témoignages vaut par cette immersion qui nous donne à mieux connaître et comprendre la Corée (un peu de dépoussiérage sur les considérations de certains auteurs marqués par leur temps est évidemment indispensable) dans ce qu'elle fut mais également dans ce qu'elle est devenue et qu'elle continue à construire.

 

Pour finir, nous ne résistons pas à vous citer un passage typique du ton de l'époque en matière d'ethnologie l'on doit à la plume de Georges DUCROCQ, officier, écrivain, géographe :

 

Les Coréens n'ont pas la face grimaçante des Jaunes. Le sang des races du Nord s'est mélangé dans leurs veines au sang mongol et a produit ce beau type d'hommes vigoureux, rudement charpenté, d'une taille imposante. Les yeux ne sont pas bridés ni perpétuellement enfiévrés; le front saillant, poli et découvert ressemble au front de nos Bretons, il a les reflets joyeux d'un front celtique. (p. 278)