A killing Art

A Killing Art. The untold story of Taekwondo

Alex GILLIS - ECW Press (2011)

 

Un livre qui tue ! Cet ouvrage, c'est certain, ne peut pas laisser indifférent quiconque s'intéresse au Taekwondo et aux arts martiaux coréens et plus largement à l'histoire et à la politique de la péninsule coréenne sur les 80 dernières années.

 

L'auteur, Alex GILLIS, journaliste, universitaire et pratiquant de Taekwondo (ITF et WTF) de longue date, dresse un tableau assez consternant de l'univers taekwondoistique... Il revient ainsi sur les origines de la discipline et tout le cheminement qui a conduit, dans la douleur, à l'adoption du nom Taekwondo, mettant clairement en lumière l'héritage, dissimulé tant bien que mal, du Karaté. Bien sûr, le parcours du général CHOI Hong Hi fait l'objet de longs développements, il est même le fil conducteur du livre, puisque c'est autour de la figure de CHOI que le Taekwondo s'est constitué, s'est scindé, s'est métamorphosé. 

 

Sur fond de reconstruction d'un pays ravagé, l'auteur nous apprend que l'histoire du Taekwondo n'est faite pour l'essentiel que de rivalités : entre les écoles et les grands experts, entre l'ITF (International Taekwondo Federation) et la KTA (Korean Taekwondo Association), entre CHOI Hong Hi et KIM Un Yong, entre le Japon, la Corée du Sud et la Corée du Nord, entre WTF et ITF, entre Taekwondo et Karaté, entre opposants à la dictature sudiste (jusqu'à la fin des année 1980) et soutiens indéfectibles au régime...

 

Tout y passe : querelles de clans, corruption, projets d'assassinats, complots politiques, coup d'état, alliances douteuses, dérives mafieuses, répressions sanglantes... Sur sa route CHOI côtoya plusieurs présidents sud-coréens, les leaders nord-coréens KIM père et fils, MOON Sun Myung (le fondateur de la secte éponyme) et des agents de la KCIA (Korean CIA)... et, évidemment, de nombreux experts d'arts martiaux. On découvre le combat d'un homme contre le Japon, puis son engagement contre la dictature communiste du Nord, avec en parallèle son souhait d'offrir un art martial capable de redresser le Sud meurtri. Puis un long glissement menant à des alliances et des positions pas toujours judicieuses et finalement, un comble pour l'ancien général sud-coréen, des funérailles nationales en Corée du Nord ! Sur la fin de sa vie, CHOI rêvait en effet le Taekwondo comme un trait d'union, voire un outil de réunification entre le Nord et le Sud.

 

L'ouvrage tire sa force de ses nombreuses références, des sources qu'il cite à foison mais également de sa vision quasiment impartiale et tout en nuance. Il n'est pas question ici de tirer à boulet rouge sur l'ITF ou la WTF, sur CHOI Hong Hi ou KIM Un Yong, mais simplement d'éclairer des motivations et des parcours complexes, avec les mérites et les erreurs des différents acteurs du Taekwondo.

 

Au final, un livre lumineux qui permet de prendre beaucoup, beaucoup de recul sur la pratique martiale et sur les discours des "maîtres". Et, une chose est sûre, en refermant cet ouvrage passionnant, vous ne considérerez plus l'histoire du Taekwondo avec le même regard...