22/032020

Danbong : la polyvalence du bâton court

Le bâton court, danbong en coréen, est une arme de base couramment utilisée en Hapkido, généralement à partir du grade de 1er dan. D’une taille de 30 cm environ, le plus souvent en bois, le danbong est facile à manipuler, à transporter, à dissimuler et se retrouve aisément en dehors du dojang sous diverses formes : simple bout de bois (branche d'arbre...), rouleau à pâtisserie, journal roulé, manche de petits objets de bricolage ou de jardinage... Tous ces objets du quotidien peuvent de fait devenir des armes par destination qui s’apparentent au danbong.

Arme exploitable sur toute sa longueur et toute sa surface, avec une ou deux mains, le bâton court est sans danger majeur pour son utilisateur. Selon la technique appliquée, il est possible de le tenir à l’une ou à l’autre de ses extrémités, en son milieu, en marteau ou en pic à glace. A l’instar du kali philippin, il est aussi possible d’utiliser 2 danbong simultanément. En principe, à l’une de ses extrémités, le danbong est percé d’un trou qui permet d’y passer une dragonne, laquelle, outre des coups fouettés, permet surtout de garder le bâton en main lors d’une tentative de désarmement. Sa taille modeste en fait une arme qui privilégie le combat rapproché, mais bien utilisé il permet de se protéger efficacement contre des armes plus longues.


 
Passons à présent en revue les différentes utilisations possibles du danbong :

Blocages

Une des vocations premières du bâton court est de bloquer des attaques contre des coups de pied et de poing ainsi que des armes.

Contre les attaques à mains nues, soit le bâton est simplement positionné à proximité de la zone visée par l’attaquant, la frappe de ce dernier venant directement s’écraser sur le bâton. Soit l’attaque est interceptée en réalisant un mouvement de blocage en direction de ladite attaque, l’impact du bâton produisant un choc particulièrement violent et douloureux en raison, d’une part de la résistance et de la densité de l’arme, et, d’autre part, de l’énergie produite par le mouvement lui-même. Dans les deux cas, l’attaquant risque d’être meurtri fortement suite à la rencontre de son bras ou de sa jambe avec le danbong car le bâton, c’est une évidence, offre une résistance supérieure à celle des os et des muscles.


Face à une attaque armée (couteau, bâton...), il est possible de procéder de la même façon, intercepter l’attaque ou l’encaisser avec le danbong. Selon les cas de figure, soit c’est le membre qui saisit l’arme qui sera visé, soit l’arme elle-même. Le blocage, tout comme dans le travail à mains nues, devient alors une attaque.

Sur le plan de la self-défense, on soulignera tout l'intérêt de recourir à un bâton court (mais pas exclusivement) contre une attaque au couteau. En effet, le bâton permet de limiter les risques face à une lame en conservant une certaine de distance plus sécurisante que lors du seul travail à mains nues.

Percussions

Le principe primordial d’une arme est de pouvoir gagner en allonge, toucher sans être touché, et aussi de gagner en puissance de frappe. Le danbong n’échappe pas à la règle.

Les possibilités de frappe avec le danbong sont extrêmement variées puisque la totalité de l’arme autorise les percussions, sous pratiquement tous les angles. Les coups peuvent être donnés avec les deux extrémités du bâton, son fût, voire la dragonne lorsqu’elle est présente. Les mouvements pourront être piqués, fouettés, appuyés, en poussant, avec une ou deux mains.

Toutes les zones du corps humain constituent des points vulnérables dans la mesure où le danbong peut briser les os, écraser les masses musculaires en occasionnant des hématomes importants et toucher des points sensibles (arcade, tempe, plexus, aisselle, gorge, artère fémorale...). De fait, il est possible de doser les effets induits par la ou les frappe(s) en impulsant une force plus ou moins importante dans le mouvement de percussion. Cela peut aller de la simple touche avec un impact léger jusqu’à la fracture sévère, le KO voire la mort.

Bien évidemment, on mesure ici toute l’importance de la zone visée par la frappe car il n’est pas de même nature de frapper, par exemple, l’avant bras ou le sommet du crâne. A titre d’information, on retiendra que dans certains manuels d’utilisation du tonfa (arme en dotation dans les forces de l'ordre), les zones de frappe sont définies selon la vulnérabilité qu’elle représentent. Les bras et jambes sont considérés comme des zones « vertes », le buste est une zone « orange » et la tête, le cou et les parties génitales sont des zones « rouges », qui matérialisent de la sorte des zones autorisées ou non en fonction de leur fragilité.

Clés et étranglements

Le danbong s’avère également particulièrement efficace pour réaliser des clés et des étranglements. Par les effets de levier et de pression, le bâton court démultiplie la puissance des techniques qui sont réalisées. S’il n’est pas possible d'effectuer à l’identique la totalité des clés et étranglements qui sont faits à mains nues, un large spectre est néanmoins possible au niveau des poignets, coudes, épaules, chevilles, genoux et du cou. On peut noter que certaines clés réalisées d’ordinaire à mains nues se retrouvent être davantage efficaces en raison des effets de levier et de pression évoqués supra, ce qui offre un intérêt certain contre des gabarits plus importants.
 

 
Le principe général consiste à enserrer le membre ou l’articulation avec le bâton et la ou les main(s), ce qui se traduit par un verrouillage de l’articulation ou une pression douloureuse sur les muscles, les tendons ou les os. Les clés réalisées avec le danbong permettent des immobilisations et des contrôles du type techniques de police, c'est-à-dire que l'on peut verrouiller un membre ou une articulation avec la bâton, tout en manipulant ou contrôlant l’individu. Les pressions et torsions réalisées avec le bâton, une fois encore, démultiplient la puissance des techniques et elles ont donc un effet dissuasif sur l’individu interpellé. En outre, on ne peut négliger l’impact psychologique induit par l’utilisation de l’arme sur ledit individu. 

Projections

Le danbong ne permet pas de réaliser directement des projections, mais il est un facilitateur pour la bonne exécution de ces dernières. Sur une projection de hanche par exemple, il est aisé de planter une extrémité du danbong dans les côtes de l’adversaire, la douleur provoquant une réaction qui sera propice à la réalisation de la projection.

En outre, une articulation verrouillée par une clé avec le danbong (mais c’est également vrai à mains nues) incitera l’adversaire, pour échapper à la douleur et à une probable luxation, à se laisser prendre dans une projection.

Jukdo contre danbong : un travail spécifique

De nombreuses écoles de Hapkido ont pour habitude de faire travailler les élèves sur un exercice qui demande à la fois contrôle de ses émotions, précision du geste et vitesse d’exécution, à savoir les frappes au jukdo (sabre en bambou, équivalent du shinaï du Kendo japonais) contre le danbong. Selon des mouvements prédéterminés, l’attaquant qui tient le jukdo va frapper sur plusieurs niveaux, du sommet de la tête jusqu’au tibia en passant par les tempes, les coudes et les mains, à droite et à gauche. A charge pour le défenseur de bloquer chacune des attaques et à la fin, généralement, d’asséner un coup à l’attaquant. Tout le jeu consiste à accélérer les mouvements puis à introduire de plus en plus d’incertitude dans les attaques.
 

Cet atelier, certes relativement codifié, a pour vertu d’exercer les réflexes, de favoriser la concentration, de juguler le stress et il est d’une terrible impartialité quant à la qualité technique des mouvements (angle d’inclinaison du bâton, distance par rapport à la zone frappée, dosage de l’amortissement, relâchement...). Dans le même temps, l’attaquant qui frappe avec le jukdo exerce aussi son habileté avec une arme qui le prépare tout doucement à manipuler le mokkum puis le jinkum, à savoir le sabre en bois et le sabre en acier (même si, précisons-le, chacune de ces armes à une logique propre, en dépit d’une évidente filiation, liée à son poids, à la matière qui le compose et à l’absence ou la présence d’une lame, tranchante ou non).

Pour conclure, on peut dire que la polyvalence du danbong, sa relative facilité d’utilisation et le fait qu’il s’agisse d’une arme disponible sous diverses formes en de nombreux endroits, expliquent sans doute pourquoi il s’agit de la première arme étudiée en Hapkido, aux côtés des défenses contre couteau. De plus, la transition entre le travail à mains nues et le travail avec le danbong ne suppose pas une trop longue phase d'adaptation, et l’on voit qu’en bien des occasions, il est relativement aisé de transposer les blocages et les clés avec le danbong. Bref, une arme incontournable, prolongement et complément du travail à mains nues et indispensable en matière de self-défense.

Version mise à jour d'un article originellement rédigé pour Taekwondo Choc , paru dans le n°89 - octobre / décembre 2016