05/122015

Fédérer



La notion que recouvre le verbe fédérer est d’une simplicité limpide puisqu’il s’agit de réunir ou de rassembler des individus autour d’un même objet, lequel est supposé susciter un engouement suffisamment fort pour mettre en commun des volontés dans un but collectif qui dépasse la somme des seuls intérêts personnels. 

S’agissant plus spécifiquement de ce qu’est une fédération, le dictionnaire Larousse nous fournit la définition suivante :

groupement organique de partis, de clubs, d’associations diverses, de syndicats. 

Le mot dérive lui-même du latin foederatio, qui signifie alliance. Tout un symbole.

Plus précisément encore, on trouve sur le site internet du Ministère de la Ville, de la Jeunesse et des Sports ce qu’est supposé être une fédération sportive :

Une fédération sportive est une union d’associations sportives (loi 1901), dont l’objet est de rassembler les groupements sportifs qui y sont affiliés ainsi que les licenciés, dans le but d’organiser la pratique sportive, notamment les compétitions. Les fédérations peuvent être agréées par le ministère : la loi leur reconnaît alors une mission de service public. Parmi elles, certaines reçoivent une délégation pour organiser la pratique d’une discipline sportive. Elles passent avec l’Etat un contrat permanent autorisant l’organisation de compétitions.

Les fédérations sportives sont chargées d’organiser et de promouvoir la pratique de leurs disciplines. Les articles L. 131-8 et L. 131-14 du code du sport distinguent les fédérations qui bénéficient de l’agrément de l’Etat de celles qui ont reçu, de plus, délégation de ses pouvoirs.

Très naturellement, une fédération sportive s’entend donc comme étant la réunion de volontés autour d’une passion commune, une activité physique et sportive (et nous sommes d'accord pour reconnaître que les arts martiaux ne se limitent pas au seul champ sportif) en l’occurrence, afin de la développer, de la structurer, de la bonifier au profit de celles et ceux qui s’y adonnent.

Dans le champ des arts martiaux et des sports de combat français, les fédérations, délégataires ou non d’une mission de service public, sont fort nombreuses, reflétant l’intérêt certain de nos compatriotes pour les pratiques de combat. Elles ont donc vocation à rassembler des centaines de milliers de personnes d'horizons extrêmement divers qui sont désireuses de s’exercer aux arts martiaux et sports de combat.


Liste des fédérations d’arts martiaux, sports de combat et de tir

Données au 06/11/2015, chiffres 2014, source : Ministère de la Ville, de la Jeunesse et des Sports

FEDERATIONS NOMBRE DE LICENCIÉS
FF Boxe 44 534
FF Escrime 55 000
FF Judo, Jujitsu, Kendo et DA 567 855
FF Lutte 18 747
FF Taekwondo et DA 53 653
FF Aïkido et de Budo 26 472
FF Aïkido, d'Aïkibudo et Affinitaires 27 968
FF Savate, Boxe Française et DA 49 700
FF Karaté et DA 235 060
FF Arts Energétiques et Martiaux Chinois 35 235
Ff Kick Boxing, Muaythaï et DA 34 411
FF Tir 171 457
FF Tir à l'Arc 72 914
Total 1 393 006
 

Ces chiffres reflètent l'importance des pratiques de combat sous toutes leurs formes dans le paysage sportif français, sachant par ailleurs que les arts martiaux et sports de combat sont aussi représentés dans les fédérations multisports. Cela signifie qu'il s'agoit d'un public qui ne peut pas et ne doit pas être ignoré et qui a forcément des attentes fortes vis-à-vis de ces instances fédérales.


​Qu’attend-on d’une fédération ?

On retiendra quelques points essentiels concernant les missions d'une fédération : qu’elle propose des activités variées, adaptées et accessibles :

  • assurer la pratique du plus grand nombre avec les meilleures garanties de sécurité et de qualité
  • respecter des règles déontologiques afin de favoriser l'expression de tous les licenciés et de leurs représentants
  • permettre l’égal accès de tous à la pratique, sans aucune discrimination
  • proposer des licences avec des tarifs adaptés aux pratiques de chacun : loisir, compétition…
  • lorsque plusieurs disciplines coexistent au sein de la fédération (dites « associées » ou « affinitaires »), qu’elles soient reconnues, valorisées et aidées, et identifiées sur les licences
  • des stages aux thématiques diverses, gratuits ou à des tarifs abordables, avec des contenus adaptés aux publics concernés et régulièrement revus
  • une formation continue des cadres et enseignants, suffisamment pertinente pour faire avancer les connaissances et pour maintenir et développer un haut niveau de compétence : traumatologie, psychologie, sport adapté…
  • des compétitions qui se déroulent en un temps limité et non pas jusqu’à des heures indues, et des formules de compétition suffisamment souples et sécurisées pour proposer des échanges sportifs à tous les niveaux d’âge et de grades
  • une information accessible, claire, pertinente et mise à jour, toutes choses largement facilitées par les NTIC
  • promouvoir des filières haut niveau, concourant notamment au prestige de l’image de la France dans les compétitions internationales
  • une reconnaissance et une acceptation de toutes les tendances et expressions à partir du moment où elles respectent les principes fondamentaux inhérents à un fonctionnement fédéral lui-même garant des règles de la République

Tous ces principes sont évidemment louables et indispensables, et selon le concept bien connu de l’union qui fait la force, il semble en effet pertinent de rassembler les bonnes volontés, les compétences et les moyens pour les mettre au profit de tous les pratiquants.

Recentrage sur les licenciés

Et c’est bien de cela qu’il s’agit et que les fédérations sportives semblent négligemment omettre à certains moments : remettre les licenciés, et donc les pratiquants, au coeur des préoccupations. Une fédération n’est qu’un outil, au service non de ceux qui la dirigent mais de ceux qui la constituent, à savoir les adhérents-pratiquants.

Ce qui signifie en particulier, qu’aussi importante qu’elle soit en termes de rayonnement (médiatique, sportif…) et d’image de marque, la filière sportive du haut niveau ne constitue pas à elle seule la pierre angulaire d’une fédération, pas plus que le volet sportif / compétitif ne représente la préoccupation primordiale des pratiquants. La réalité du quotidien de plus de 90% des pratiquants d’arts martiaux est constituée par les entraînements, quelques stages, les passages de grades, et à la marge, d’éventuelles compétitions sans enjeu majeur. 

Etre à l’écoute de tous les licenciés, allant des simples pratiquants jusqu’aux experts réputés, c’est offrir du contenu adapté à chacun et une valorisation de tous les clubs, quelque soit leur rayonnement. La reconnaissance des pratiquants, c’est-à-dire la capacité à accorder une égale importance à tous les licenciés et à entendre leurs préoccupations, est une mission essentielle d’une fédération.

Il y a bien évidemment pour cela des relais qui partent du club en passant par les différentes ligues départementales et/ou régionales, jusqu’aux plus hautes instances fédérales.
 

Focus sur la pratique 

Pour finir, revenons sur ce qui constitue la raison d’être d’une fédération : la réunion d’hommes et de femmes qui partagent une passion commune se traduisant par la pratique d’arts du combat.

Une fédération, et la cohorte de ses élus et des personnels qui y travaillent, sont des facilitateurs de la pratique. Ils permettent que les disciplines se développent, que les échanges se fassent entre clubs et pratiquants, ils concourrent à la reconnaissance et la valorisation de ces disciplines. En ce sens leur travail est important et souvent très lourd, à ce titre ils méritent la reconnaissance de tous car ce ne sont pas des tâches aisées.

Néanmoins, ne perdons jamais de vue que ce qui constitue l’essence de l’art martial, c’est la pratique et la réunion d’un professeur et d’un élève, d’un maître et d’un disciple. C’est une transmission de savoir-faire et de valeurs, tout le reste, aussi important soit-il, n’est qu’accessoire.
 

Le maître et le disciple, les 1ers acteurs de la fédération 

Les présidents, les secrétaires généraux, les conseillers techniques, les directeurs administratifs, les arbitres sont tous très respectables car ils contribuent avec abnégation et passion à rendre la pratique des arts martiaux meilleure. C’est tout du moins le noble but qu’ils se doivent d’avoir en tête… Cela étant, ces rôles sont secondaires, ils n’existent que parce qu’existent une discipline martiale et des pratiquants qui s’entrainent. La sueur et les efforts des élèves et des professeurs qui s’adonnent à la gestuelle de combat, sont le primat incontournable duquel découle tout ce qui se construit autour de la pratique. Par conséquent, n’inversons pas les rôles, une fédération et ses hautes instances ne peuvent pas avoir la préséance sur la place centrale qui doit être celle des pratiquants. Les reponsables fédéraux ne doivent jamais perdre cela de vue et garder à l'esprit ce qui donne sens à leur action.

Seuls ceux qui comprendront ces enjeux et embrasseront avec sincérité et dévouement leur difficiles fonctions (président de fédération ou de club, et tout responsable à quel que niveau que ce soit) seront en mesure de fédérer, au sens noble et premier du terme, c’est-à-dire réunir, rassembler, communier, rallier.