17/012014

Ki & danjeon

Ki
Photo : Albert Fautré
 
Souvent évoqué mais difficile à définir et à cerner, le ki  () est un terme aux significations nombreuses et subtiles que l'on peut traduire par énergie fondamentale, élan vital ou encore souffle...
 
Il s'agit de l'énergie interne, à la fois physique et mentale, qui anime les êtres vivants et plus largement irradie de toutes choses. Cette énergie impalpable circulerait à travers des canaux invisibles, les méridiens, auxquels la médecine traditionnelle chinoise attache une importance toute particulière. En effet, l'acupuncture ou l'acupression, en se concentrant sur des points particuliers du corps, consiste à rétablir une bonne circulation de l'énergie et donc à préserver la santé. C'est un déséquilibre ou une rupture de l'énergie interne qui serait ainsi à l'origine des maladies. Le ki aurait entre autres vertu, lorsqu'il est correctement mobiliser, d'engendrer une puissance considérable supérieure à la simple force musculaire.
 
Prononcé ki en coréen (plutôt gi en fait) et en japonais, ce terme se prononce chi ou qi en chinois. Le caractère chinois 氣 est composé lui-même de deux radicaux :
  • : se prononce chi > souffle, vapeur, émanation ;
  • : se prononce mi > le grain riz décortiqué.
 
L'ensemble désigne notamment, mais pas seulement, les vapeurs du riz cuit. Il y a donc une symbolique de la transformation de la matière en énergie, une sublimation du concret vers le subtil. Dans la conception chinoise, le ki est englobant, il relie le corps à l'esprit tout autant que les êtres et les choses entre eux. Cela implique une notion d'harmonie et d'équilibre des forces inéffables de la nature.
 
Le centre de cette énergie vitale se trouve au milieu du corps, dans une zone appelée danjeon  (단전, 丹田, datien en chinois, hara en japonais), à quelques centimètres sous le nombril, et plus précisément sur un point nommé kihae (기해, 氣海), "l'océan d'énergie".
 
L'énergie se travaille sous deux formes qui sont évidemment liées :
  • waegong (왜공, 外功)  : travail de l'énergie externe > la force physique, mécanique ;
  • naegong (내공, 內功)  : travail de l'énergie interne > la force subtile, invisible.
 
La méthode de développement et d'entretien de l'énergie est appelée danjon hoheup beop (단전 호흡 법, 丹田  呼吸  法). Cette respiration abdominale vise à renforcer l'organisme au travers de différents exercices statiques ou en mouvement permettant, via une respiration profonde, de faire circuler et d'accumuler l'énergie. L'inspiration se fait par le nez et l'expiration par la bouche, généralement silencieusement. Une légère contraction des muscles abdominaux bas et profonds, un positionnement correct du bassin et une décontraction des épaules sont certains des points essentiels pour assurer un travail efficace. 
 
Trois gestuelles sont couramment pratiquées, en position statique dite du cavalier (ou encore assis en tailleur) et permettent l'accumulation du ki :
  • l'énergie du ciel : cheonki (천기, 天氣), mouvements de bras vers le ciel ;
  • l'énergie de l'homme : inki (인기, 人氣), mouvements de bras larges et englobant vers l'avant ;
  • l'énergie de la terre : jiki (지기, 地氣), mouvements de bras vers le sol.
 
Mais les façons de s'exercer sont en réalité extrêmement variées selon que l'on recherche simplement un mieux être, comme une forme de relaxation active, que l'on souhaite affiner sa concentration, que l'on pratique pour renforcer sa santé ou encore dans l'optique d'une application martiale. Il en découle que l'on peut pratiquer tout en contraction ou au contraire avec un relâchement total, en s'ancrant fermement dans le sol ou en se faisant aussi léger que possible, avec une respiration continue ou séquencée...
 
En combat, toute la difficulté sera bien évidemment de mobiliser et de focaliser le ki au moment opportun dans une action d'attaque ou de défense. L'utilisation du ki au combat se fera tout d'abord de manière consciente, en cherchant à appliquer l'énergie sur une zone adéquate, à un moment précis. Par la grâce du temps et de l'entraînement, le ki pourra par la suite être appliqué spontanément et sans conscience particulière de l'acte car il sera intégré, naturellement, dans la gestuelle, l'action, le corps et l'esprit.
 
Une riche littérature s'est penchée sur ce sujet, mais à dire vrai, les mécanismes qui conduisent à cette maîtrise restent relativement obscurs...