03/072013

Dojang & kwan

Dojang & kwan bis
 
Salle feutrée au sol recouvert de lattes de parquet ou de tatamis, gymnase vaste, crasseux et bruyant, arrière cour d'une arrière boutique ou large place publique, coin de forêt ou plage isolée, tous ces lieux sont autant de dojang.
 
Le dojang (도장, 道場), ce "lieu de la voie", salle d'entraînement où sont enseignés les arts martiaux coréens, est polymorphe. En effet, tout endroit où est transmis un enseignement martial peut devenir un dojang le temps d'une séance. Cette notion de do, la voie, souligne justement à quel point le dojang est un lieu de transmission mais aussi de recherche personnelle, un endroit pour la quête de son accomplissement personnel qui passe avant tout par la pratique d'une discipline rigoureuse.
Un autre terme, plus générique, peut désigner la salle d'entraînement ou la salle de sport : cheyukkwan (체육관, 體育館). 
 
Il est intéressant de s'attacher un instant à comprendre le mot kwan (관), entrevu à l'instant dans cheyukkwan. En premier kwan désigne un bâtiment, un lieu construit de briques et de pierres (ou tout autre matériau évidemment). Bangmulkwan désignera ainsi un musée, deosokwan une bibliothèque.
 
Mais pris selon le sens spécifique des arts martiaux, un kwan fait référence à une école, c'est-à-dire un groupe ou un style ayant une identité propre au sein d'une même discipline. Le Hapkido compte ainsi plusieurs dizaines de kwan distincts : Kummookwan, Jinjungkwan, Dukmookwan, Hapkimudo Yoonmookwan... (davantage d'informations relatives aux écoles sont disponibles sur ce lien). Pour désigner un style ou une école, les Japonais parlent quant à eux de ryu, les Chinois de pai ou de men.
 
D'une notion concrète - le bâtiment - on passe donc à une désignation complètement abstraite - le groupe, le style.  Un kwan regroupe généralement plusieurs dojang même si dans l'absolu ce n'est pas une obligation puisqu'un style  ou un groupe peut après tout n'être représenté qu'au sein d'un seul dojang.
 
En Corée, les dojang sont souvent des salles colorées, décorées de diplômes, photos, banderoles, calligraphies... Elles tranchent nettement avec la décoration relativement dépouillées des dojo japonais.
Il semblerait que le terme dojang ait été adopté suite à l'occupation japonaise, le mot étant proche de son équivalent nippon dojo. Une discipline comme le Taekkyon, à l'identité coréenne très marquée, recourt ainsi préférablement à l'appellation jeonsugwan (전수관). Encore une fois on retrouve le mot kwan dont l'origine est chinoise, à savoir guan (ou wuguan) ou kwoon (館).
 
En Corée comme au Japon, le dojang ou dojo, désigne également la salle de méditation dédiée au bouddhisme zen (seon en coréen).
 
L'attitude observée au dojang est toujours empreinte de respect et de retenue. Le lieu de la pratique se charge d'une ambiance propice à la concentration tout autant qu'à l'action. Pour cette raison, le salut est exécuté à l'entrée et la sortie de la salle. Non qu'il s'agisse d'un endroit sacré (en tout cas pas au sens religieux) mais plutôt d'une forme de recueillement. Voir à ce sujet l'article consacré au salut.