11/032012

Histoire(s) de cul au dojang

Que les esprits prudes et sensibles se rassurent de suite, que les amateurs de films aux actrices affichant des mensurations inversement proportionnelles à la longueur de leur texte calment leurs (h)ardeurs, il ne s'agit pas de la dernière production porno-kungfuesque de Marc Dorcel ! Ca aurait pu, ça existe et c'est toujours vendeur, puis après tout entre porno et arts martiaux, il est aussi question de techniques, de maîtrise et de savoir-faire... Pas pour cette fois cependant.

Coup de pied Q

Pour la chronique du jour, nous nous aventurons en réalité sur un terrain plus chaste - en apparence tout du moins - mais dont les pentes ne sont pas moins hasardeuses et savonneuses. Alors, que penser au juste des relations à caractère horizontal et extrêmement ludiques, un brin lubriques, qui peuvent se nouer au sein du dojang ? En effet, comme tout lieu où s'entretient une certaine sociabilité (entreprises, associations, clubs de sport, universités...), le dojang est évidemment un endroit propice aux rencontres entre hommes et femmes, ce qui, au-delà de la seule activité sportive, permet à chacun de faire de nouvelles rencontres, de discuter, de se faire des amis, d'aller boire un verre après le cours, de réaliser quelques sorties, voire plus si affinités... Rien que de très normal, au demeurant c'est de la sorte que beaucoup de couples se forment, ce qui est toujours mieux que d'attendre l'âme soeur sur Meetic.

Si le chemin qui du dojang mène à la chambre à coucher connaît des détours qui ne nous regardent pas, l'essentiel est que celles et ceux qui succombent aux murmures langoureux de Cupidon soient, c'est une évidence, consentants. Les passions amoureuses étant faites pour se consumer dans l'intimité, il est ausi de bon ton que les couples qui se font sur le tapis (ou qu'ils se soient formés ailleurs il y a déjà 15 ou 20 ans) sachent faire preuve de retenue dans les élans qui pourraient les pousser l'un vers l'autre. Il serait ainsi malvenu, en pleine séance d'entraînement, que l'appel de la chair et de sentiments compulsifs conduisent le soupirant et sa Dulcinée à confondre soudain la posture dite kimase (position du cavalier) avec celle beaucoup plus cavalière et déplacée en l'espèce de la brouette chinoise ! Passons.

Exception faite de ces débordements incontrôlés, de quelques surnoms mielleux doucement sussurés ("chaton", "mon coeur", "ma puce", "connard"...) ou d'une intolérable scène de rupture avec force cris, larmes et surnoms curieusement beaucoup moins mielleux (ce qui au final fait beaucoup d'exceptions), chacun est libre d'aimer, de copuler, de rompre, de changer, de renouer, tant que ça ne se passe pas sur le tapis. Toutes choses égales par ailleurs, il s'avère que tous ces évènements underground peuvent parfois, il est vrai, mettre à mal l'ambiance dans le dojang et conduire au départ précipité de quelques élèves (un malheureux éconduit par la petite nouvelle, les deux anciennes ceintures rouges qui vont faire leur vie ensemble ailleurs, un goujat viré pour avoir qualifié son ex de "salope" en plein cours alors qu'il venait de s'acoquiner avec la cousine de cette dernière...).

Ces intermèdes restent malgré tout épisodiques et peuvent être préventivement désamorcés par le professeur afin d'éviter des dérapages incontrôlés. Quelques consignes claires sur l'attitude attendue en cours suffisent en général à se prémunir des soubresauts sentimentaux les plus fâcheux. Le professeur n'a toutefois pas à s'immiscer dans la vie personnelle de ses élèves, et s'il doit veiller au bon déroulement des cours, dans l'esprit comme dans la lettre, il n'est pas pour autant un directeur de conscience.

Plus délicate est la question des rapports (sans jeu de mots) que peut entretenir le professeur avec ses élèves. Nous écartons évidemment avec force et sans ambiguïté celle d'une éventuelle relation avec un(e) mineur(e), elle est bien sûr inenvisageable ! Le professeur d'arts martiaux a, comme tout supérieur hiérarchique ou personne ayant autorité sur autrui, la responsabilité des personnes qui sont sous sa direction. De par son rôle, son autorité, ses compétences, il peut jouir d'une certaine aura. Il occupe en tout cas une position que l'on peut qualifier de dominante, laquelle lui confère un pouvoir symbolique ou réel. Dans le contexte spécifique des arts martiaux, le grade et la hiérarchie, parfois le titre prisé de maître, une ombre de mystère, le sel d'un discours font que l'enseignant peut subjuguer (parfois contre son gré) voire charmer son auditoire. La conscience de cet état de fait est impérative pour maintenir une sérénité toute martiale dans le dojang.

Les émois du coeur ni se décident ni ne se commandent toujours, pour autant le professeur doit, plus que quiconque, être maître de ses émotions. Le coup de foudre, tomber amoureux d'un ou une élève est chose possible (nous ne prenons pas ici en considération la question morale qui consisterait à traiter du cas épineux où l'enseignant(e) serait marié(e) et où à ses obligations de professeur s'adjoindraient celles d'époux ou d'épouse), s'engager dans une relation claire et partagée n'est pas répréhensible. "Ils vécurent heureux, longtemps et eurent beaucoup d'enfants"; voilà un scénario finalement anodin et somme toute bienvenu.

Sans chercher à trop noircir le tableau, les relations au sein du dojang entre professeur et élève ne se passent pourtant pas toujours aussi bien. Parfois, l'enseignant, soit qu'il réponde à une sollicitation, soit qu'il invite à franchir une étape plus compromettante, est, si ce n'est toujours, à tout le moins très souvent, coupable de ne pas avoir su maintenir une barrière infranchissable dès lors qu'il s'agira, allez, disons le, d'une histoire de cul, d'un coup d'un soir, d'une petite baise... Ce genre de faiblesse est à proscrire, plus encore dans le monde des arts martiaux qui se pare de tous les atours d'une vertu martiale irréprochable, chantres du contrôle de soi.

En effet, quels enseignements retenir d'un professeur qui se laisserait aller à culbuter au gré de ses envies quelques un(e)s de ses élèves, fussent-ils partants pour la bagatelle ? D'une part, il est toujours difficile de savoir si en dépit du consentement de façade ne se niche pas un rapport de force larvé (celui lié à la position de l'enseignant exposée supra) et si, d'autre part, la compromission n'est pas au rendez-vous, de l'ordre de la faveur sexuelle en échange d'un grade, d'une position (que de positions, décidément)... Il s'en suit que le dojang lupanar voit poindre tensions et dissensions entre les élèves, le discours du "maître" ne devenant plus audible ni crédible. Aux yeux des élèves, toute la maîtrise si chère aux arts martiaux est partie d'un (ou pour un) coup... Soit le dojang s'effondre et avec lui l'enseignant, soit l'ensemble se maintient tant bien que mal car le professeur aura su garder le secret sur ses relations aventureuses, réussissant au passage à frapper de disgrâce celles ou ceux qui auraient pu révéler les démêlés orgiaques du prof. Ce qui ne va pas sans quelques dégâts psychologiques...

Point question de morale dans ce modeste billet, tout au plus quelques traits concernant un sujet rarement abordé qui pourtant, c'est une réalité, voit trainer dans son sillage une cohorte de dojang qui finissent par s'écrouler, de professeurs qui se fourvoient et galvaudent leur enseignement, d'élèves qui sortent psychiquement brisés. Compte tenu de sa valeur de modèle, le rôle du professeur d'arts martiaux, du maître, est de mettre en adéquation ses paroles et ses actes, de contribuer à l'édification de ses élèves, de les prémunir contre les més-aventures. Or, les aventures d'un soir, particulièrement au dojang, sont plus destructrices que constructives. C'est un fait, l'ambiguïté n'est pas de mise dans les relations entre professeur et élèves puisque finalement ce jeu se révèle peu propice à l'épanouissement.

Et à ceux qui se disent que malgré tout ce moment fugace et enivrant peut mériter de détruire tout, qu'ils méditent cette très belle phrase d'Oscar WILDE :

"D'une joie même, le souvenir a son amertume, et le rappel d'un plaisir n'est jamais sans douleur."