01/012012

De la régularité et autres considérations

Combien sont-ils à avoir déclamé un jour à leur professeur favori "j'adore les arts martiaux, je veux tout apprendre", "c'est ma passion, je vais m'investir à fond" et 1000 autres longues tirades ponctuées de diverses questions sur la meilleure façon d'asséner un bourre pif ou une chiquenaude testiculaire ou bien encore à avoir vanté les grandeurs fastueuses de l'esprit martial...

Nom

Fort bien, c'est entendu, mais jusqu'à preuve du contraire, le seul moyen d'apprendre et de progresser reste la pratique, l'entraînement, la sueur, les répétitions, les efforts. Or, bien souvent l'engagement physique, pour ne pas dire la simple présence, de ces pratiquants vertueux à l'engouement plus démonstratif que réel est inversement proportionnel à leur faconde. A leur corps défendant, il est vrai que tout commence par une pensée, laquelle se traduit par un nom. Ce nom, c'est la motivation, source de toute action. Sans motivation, nul engagement, nul progrès. Qu'est-ce à dire ? Que rien ne sert de courir, il suffit de partir à point. Mais encore ? No pain no gain. Certes, mais aussi ? La sueur épargne le sang and so on... Bref, vous l'aurez compris, la vertu cardinale de tout pratiquant, c'est justement la pratique, et celle-ci, pour être un tant soit peu efficace, doit être effective et régulière.

Ce qui signifie qu'il est inutile de s'entraîner comme une brute trois heures par jour pendant une semaine et de ne plus se commettre au dojang jusqu'au mois suivant... Pour que le corps et le cerveau retiennent et progressent, il leur faut une activité régulière avec des intensités variées et des exercices diversifiés. Deux séances par semaine, en cours, sont un minimum pour espérer voir poindre des bénéfices. En-deça on ne fait qu'être en perpétuel rattrapage de la séance précédente. Sans compter qu'une hygiène individuelle s'impose, faite d'exercices réalisés en-dehors des cours. Il faut d'ailleurs varier les plaisirs : course à pieds, natation, vélo, un peu de musculation et de stretching ou n'importe quel autre sport afin d'entretenir la condition physique, voire de la développer. Puis quelques répétitions de mouvements à la maison, le matin avant d'aller au boulot.

Evidemment, dans une approche de loisir chacun est parfaitement libre de choisir le niveau d'investissement qu'il souhaite ou peut consentir en fonction de ses aspirations, des ses contraintes professionnelles et familiales. Il est évident que tout le monde n'entend pas devenir champion du monde ou moine Shaolin ni faire des arts martiaux son sacerdoce. Ceci étant posé, la meilleure posture à adopter pour un pratiquant, surtout s'il affiche une grande motivation, de façade dirons nous, est de faire preuve de discrétion quant à ses aspirations car du verbe à l'action il y a parfois un fossé qui peut nourrir du discrédit voire une insatisfaction personnelle. Un élève qui dès le départ exposera à son professeur qu'il fera ce qu'il pourra, compte tenu de ses différentes contraintes mais qui, au fil du temps, se montrera persévérant dans l'effort, régulier dans sa pratique et modeste dans son discours récoltera certainement les fruits de son travail.

Chaque motivation est louable, quel que soit le niveau d'implication, et le simple fait de monter sur le tapis est déjà en soit un premier acte de détermination. Mais, si la discipline choisie et l'enseignant conviennent, alors il revient à l'élève de transformer l'essai, au moins le temps d'une saison (histoire d'amortir le montant de la cotisation), en s'astreignant à un minimum d'assiduité, ce qui est un facteur de satisfaction personnelle : le gain d'un sentiment d'estime de soi, d'une action aboutie, réussie. Car payer une cotisation ne revient pas à s'acheter une bonne conscience ni la complaisance du professeur.

De fait, tout professeur attachera toujours davantage de crédit à un élève qui fait de son mieux pour être présent, selon ses disponibilités, et dont il discernera qu'il a une réelle motivation chevillée au corps, ou au minimum une honnête détermination, qu'à un pseudo pratiquant au discours débordant d'une motivation fantasmée. A ce type d'élève, discret mais sincère avec lui-même et avec les autres, le professeur accordera sa confiance, son respect et son temps. On ne peut donner son énergie et son savoir qu'à celles et ceux qui sont présents et volontaires. Dans les arts martiaux, croire ne suffit pas, pratiquer est le seul moyen de parvenir à un résultat.

Finalement, la régularité dans l'entraînement, s'astreindre à un effort continu et patient, n'est rien d'autre que la manifestation première et déterminante d'un engagement. Cette attitude est tout autant valable s'agissant des activités professionnelles, des études ou bien encore de la vie de couple. S'engager, cela revient à consacrer du temps, de l'énergie et de l'attention à une activité, à une idée, à une cause, à une personne. Il découle de cet engagement, tenu dans le temps et en dépit des aléas, tout un ensemble d'autres principes qui s'appliquent au dojang comme au quotidien, faits de respect et d'intérêt pour les autres, de force de conviction, de persévérance face à l'adversité.

Il en est des attitudes morales comme des techniques de combat, à partir d'un concept peuvent en découler de nombreuses applications.