30/012011

Elvis the pelvis : le King du Taekwondo ?

Le lecteur : "Alors, vous faites quoi chez mudoculture ? C'est un peu moribond en ce début d'année !"

Mudoculture : "Heu, c'est-à-dire qu'avec les fêtes, la grippe... et puis on n'a pas que ça à faire, on a un métier nous !"
Le lecteur : "Ouais... Enfin n'empêche que pour un site "culturel", c'est plutôt ground zero en 2011..."
Mudoculture : "Ca va, on redémarre en musique avec une chronique très rock'n roll !"

ElvisQui l'eut cru mais parmi les fervents adeptes du coup de pied retourné et de la griffe du tigre se trouve le King himself, alias Elvis PRESLEY. Son déhanché scénique et lascif fort bien connu a fait se pâmer des cohortes de donzelles prépubères hystériques, absorbées tant par la parade nuptiale en tenue de cuir que par les flots de sa mâle voix de rocker. Mais derrière cette maestria de la virevolte du bassin se cache en réalité une maîtrise consommée dans l'art du combat à mains nues... Pour notre propos du jour, nous reprenons ici sans vergogne les recherche de l'excellent mais néanmoins ami, le site www.crosstowntraffic.fr, aussi versé dans l'histoire du rock que nous dans celle des arts martiaux, c'est dire ! Mais bien sûr, nous faisons cela en mieux... 

Alors tout commence en 1958 lorsque le jeune Elvis, appelé sous les drapeaux, se rend à Fort Hood, en plein Texas entre les riantes cités de Waco et d'Austin, pour y faire son devoir. Fini le Perfecto, bonjour le treillis ! Et c'est là qu'il découvrit le Judo ou le Jujutsu (les historiens s'affrontent encore sur ce point) à l'occasion d'une démonstration. Puis rien de plus jusqu'en 1959, date à laquelle il partit stationner en Teutonie. Là, il se frotta au Karaté Shotokan sous la direction de Juergen SEYDAL, lui même encore peu aguerri à la discipline mais qui deviendra par la suite une référence du Karaté allemand. C'est d'ailleurs avec ce dernier qu'il se rendit à Paris en janvier 1960, profitant d'une permission pour aller au dojo de Tetsuji MURAKAMI, figure nippone du Karaté français et leader du Karaté Shotokan en Europe. Il se serait ainsi entraîné plusieurs jours d'affilée avec l'expert... Par la suite il s'exerça sous la férule de Hank SLEMANSKY, spécialiste du style Shitoryu et c'est avec lui qu'en 1960, de retour aux USA, il obtint sa ceinture noire 1er dan de Karaté. Soit une progression fulgurante à peine suspecte, un an environ ayant fait l'affaire de la blanche à la noire, mais tout le monde n'est pas le King.

Toujours en 1960, Elvis fit la connaissance d'Ed PARKER, le messie du Karaté Kenpo américain avec lequel il se lia d'amitié et qui devint par la suite son garde du corps. Le rocker entama alors son cursus martial de belle manière, enchaînant les dan comme ses succès musicaux, se permettant ainsi de gravir jusqu'au grade convoité de 8e dan en 1974. Précisons au passage qu'il fut autorisé à faire l'impasse sur certains grades et que ce fameux 8e dan n'était en fait, selon PARKER, que "honorifique", voilà qui est rassurant. Il faut dire aussi qu'entre 1970 et 1974 Elvis se forma sous les mains expérimentées de Kang RHEE en la bonne ville de Memphis, ce qui ne pouvait qu'être le gage d'une réussite sans faille...

Expatrié aux USA, Kang RHEE est un expert coréen qui s'est exercé en Kongsoodo (nom coréen du Karaté), Taekwondo, Kwonbop et Hapkido et qui a fondé son propre style, le Pasaryu System, lequel se veut être "une combinaison de Karaté, Kungfu et Taekwondo qui est un style plus moderne et plus libre que les autres", dixit le fondateur. Tout à la joie de découvrir cet éminent maître, Elvis fit preuve d'une grande générosité à son égard, subventionnant l'école de RHEE à hauteur de 50.000 $ dit-on, plus une Cadillac et quelques autres babioles. A ce tarif là il est certain qu'un pratiquant de la trempe du King ne pouvait qu'atteindre les sommets de son art et ce faramineux 8e dan remit des mains même de RHEE, ce qui fit donc d'Elvis un expert de haut niveau dans ce peudo Taekwondo mâtiné de, mâtiné de quoi au juste ?

Bref, l'argent coula à flots au profit des uns et des autres et pendant ce temps là le King se rêva sincèrement en chantre affûté des arts martiaux, se fendant parfois de chorégraphies martiales hallucinogènes et chaloupées on stage, avec force coups de pied et de poing, posture à l'avenant en quasi grand écart (enfin là on s'emporte un peu) rock'n rollesque et sévèrement burné. Revêtu d'un kimono satiné à pattes d'eph', orné de broderies et de bandes colorées avec ses initiales surpiquées dans le dos (lesquelles initiales, E.P., coïncidaient justement avec celles d'Ed PARKER qui put ainsi se récupérer un dressing des plus sympa et à peu de frais, la générosité du King aidant), Elvis s'est livré, et pas uniquement sur scène, à des démonstrations plutôt surprenantes où il jonglait entre le tour de force technique et le monologue ésotérique...

Il est temps ici de révéler une chose qui choquera sans doute la communauté des fidèles les plus dévots du King, mais son niveau martial était inversement proportionnel à ses qualités artistiques, et ceci dit on ne parle pas de ses prestations ventripotentes à défaut d'être musicales de la fin de sa carrière. Bon, voilà un sacrilège de commis qui nous oblige tout de même à avouer que la passion d'Elvis pour les arts martiaux était réelle, l'énaurme star se laissant parfois aller à des confidences sur son envie de délaisser la musique au profit des arts martiaux. On se plaît à croire qu'il fit le bon choix, son apport à la chose martiale étant beaucoup plus discutable que ses talents artistiques et on n'ose imaginer ce qu'il serait advenu s'il était devenu prof à temps plein... Il avait aussi dans sa besace un projet de film qui ne vit finalement pas le jour mais dont quelques rushs auraient été tournés. Quel dommage quand même ! En tout cas vous pouvez toujours visionner ce qui suit, ça donne à réfléchir (ou pas d'ailleurs) : Karate on stage ou encore Elvis Presley Karate

Tout cela est exprimé sans mauvais esprit aucun - pas de ça chez nous - la multitude des témoignages inintéressés de ceux qui ont vécu à son crochet ne font que relater ses exploits avérés lors de rixes et autres bagarres et traduisent ainsi la terrible efficacité de ses mouvements à défaut d'exprimer l'orthodoxie de sa technique... 

Tiens, si nous revenons un instant au sieur RHEE, il convient de noter qu'il n'a pas manqué de mettre sur pieds un site remarquable, www.elviskarate.com, sur lequel sont disponibles, moyennant quelques dollars, moult photos de la star en plein exercice dans le dojang de RHEE et de succulentes anecdotes sur les qualités martiales du King. Il n'y a pas de petits profits et dans ces conditions on se rachète une conscience à bon compte.

Alors, les arts martiaux sortent-ils grandis de cet épisode ? Certes non. L'appel de l'argent facile a tôt fait de détourner ceux qui se voient pourtant confier la transmission des arcanes de l'art. Pourtant ça partait bien, les arts martiaux sont un peu rock'n roll, ils ont parfois eu les relents d'une contre culture, tout comme le rock, alors Elvis en porte drapeau du Karaté, Taekwondo et consorts, why not ? Mais le mélange des genres n'est pas toujours du meilleur effet... Et le King, sans doute aveuglé par son ego, a été un acteur malheureux de ce jeu de dupe. Au fait, avant de s'occuper du calendrier chinois et de son année du lapin, bonne année 2011 !