11/102010

Do... Brazil

Pieux pays footeux s'il en est, le Brésil est aussi la terre promise de la chirurgie esthétique (la plastica) et des paires de fesses rebondies (ceci expliquant généralement cela) se trémoussant en rythme sur la plage de Copacabana... Mais les Brésiliens ne font pas que jouer au(x) ballon(s). Non, ils sont aussi des grands experts du croc-en-jambe et du castagnage en règle. Trois disciplines sont à l'honneur pour une salsa endiablée version "et 1, et 2, et 3 KO"...

Capoeira

Quand on pense aux arts martiaux du Brésil, vient immanquablement à l'esprit le nom musical et trépident de la Capoeira. La tradition et les origines de la Capoeira sont une chose désormais bien connue, notamment popularisée auprès du grand public grâce au film d'auteur intimiste Only the Strong avec en vedette l'acteur Marc DACASCOS. Héritage des esclaves venus d'Afrique - main d'oeuvre low-cost importée légalement avec tous les papiers en règle, une forme de délocalisation du personnel avant l'heure - la Capoeira est une joute virevoltante de coups de pied et de cabrioles qui se joue en musique, laquelle visait en fait à dissimuler aux yeux de la police et des "maîtres" escalvagistes, des techniques plus guerrières.

Le paravent de la danse et de la musique employés à l'occasion de la ginga permettaient donc aux esclaves de se transmettre des techniques de combat : esquives, balayages, poussées, percussions de pied et de poing, sans oublier celles avec la tête ! La Capoeira devint également le terrain d'expression des esclaves qui pouvaient "librement" utiliser leur langue et transmettre leur culture aux plus jeunes. La Capoeira est une discipline qui connaît un enthousiasme certain à l'export et qui amuse la populace de touristes en goguette le samedi après-midi sur la place Saint-Michel à Paris... Objectivement, cet art développe une virtuosité fort impressionnante, tant dans la maîtrise de techniques aériennes que d'exercices d'adresse et d'équilibre qui se font au ras du sol. Un régal pour les yeux !

Depuis une quinzaine d'années, le phénomène Jujitsu brésilien a envahi la sphère martiale et on peut parler d'une véritable révolution conduite par les frères GRACIE et les fameux UFC (ce n'est pas la United Fistfu..ing Confederation mais bien l'Ultimate Figthing Championship). Ces compétitions en cage, sans règle ou presque, ont permis l'avènement de cette forme de Jujitsu et finalement du MMA (Mixed Martial Arts) qui a chamboulé le monde des arts martiaux et des sports de combat de leur ensemble en le remettant sérieusement en cause question efficacité, techniques infaillibles (et secrètes) et tout le tralala.

Jujitsu brésilien

Photo du site www.no-chao.be

1ère terre nipponne à l'extérieur du Japon, le Brésil compte plus d'1,5 millions de Japonais dont les ancêtres sont arrivés au début du XXème siècle. L'esclavage ayant été aboli, les propriétaires terriens brésiliens manquaient de main d'oeuvre bon marché et dans le même temps le Japon manquait de terre et avait trop de paysans... L'univers ayant horreur du vide, les choses furent bien faites et le sol brésilien fut bientôt sarclé par de valeureux volontaires nippons pas trop portés sur la grève. Et dans leur valise, outre le saké, ils apportèrent avec eux le Judo et le Jujitsu. Le pionnier des ces deux disciplines au Brésil fut Maeda MITSUO. Il forma Carlos GRACIE qui entraîna à son tour son frère, Helio GRACIE.

Ce dernier sut s'accaparer cet enseignement et se révéla particulièrement doué pour le travail au sol, les étranglements et les clés diverses. C'est en cela que réside la force du JJB (ou BJJ pour les anglophones), cette capacité à amener l'adversaire au sol - notamment grâce à d'efficaces et perturbantes saisies aux jambes - pour ensuite lui appliquer un ensemble puissant et intelligent de clés et d'étranglements. On connaît la suite de l'histoire, une dynastie de combattants et une forme de Jujitsu avec une brazilian touch qui a fait des émules, même jusqu'au Japon ! Désormais, la plupart des arts martiaux et des sports de combat ont pris note de cette nécessité de maîtriser, ou du moins de connaître, les fondamentaux du travail au sol qui sont indispensables pour faire face à toutes les situations de combat.

Favelas Ninja

Découverte plus récente n'ayant, pour le coup, aucune teinte brésilienne, au sein de cette sainte trinité pugilistique, la Boxe Thaïlandaise ou Muay Thaï. Dans un pays où ce n'est pas carnaval tous les jours, les favelas, attractions touristiques de 1er ordre mais surtout zones à taux de survie proches de zéro, voient fleurir une jeunesse où même le désenchantement n'a pas sa place... Les enfants de Lula, une poignée d'entre eux en tout cas, préfèrent s'esquinter les tibias histoire d'être un peu plus forts dans leur tête et dans leur corps. Une série de clichés expose avec brio cet engouement pour cette boxe sans concession dont voici une excellente synthèse :

Dans les favelas de Rio de Janeiro, la boxe thaïlandaise est plus tendance que la capoeira. Mondialisation et affinités : l'art martial inventé par les paysans et les guerriers thaïs résonne dans le cœur de la jeunesse des favelas cariocas. Moyen de se distraire ou de se défendre, mais aussi pour certains, l'espoir de devenir un jour professionnel. © Daniel Martins / Agência Olhares

L'une de ces photos illustre d'ailleurs la couverture du numéro spécial du Monde Diplomatique consacré au Brésil. Pour celles et ceux qui aiment les belles photos et la Boxe Thaï, deux passions qui ne sont évidemment pas incompatibles, nous vous renvoyons au lien du photographe Daniel MARTINS, auteur de la série "Favela Ninjas". Pour prolonger la découverte, en Thaïlande cette fois, un portfolio qui se déroule en 4 actes sur le site du journal Le Monde : "Plongée au coeur de la "Boxe Thaïe".

"Tout ça c'est bien, mais le Vale Tudo ou la Luta Livre, on n'en parle pas alors ?" Bon, on se calme, on a fait un triptyque et on a réussi à parler du Brésil sans (presque) parler du foot, cette secte planétaire et millénariste, ce qui n'est déjà pas si mal !